Eau et assainissement, agriculture, OGM...
Le point de vue de Rémy Pointereau, Président de notre association, sur quelques uns des thèmes essentiels qui seront au coeur du débat lors du "Grenelle" de l'environnement, à Bourges, le 5 octobre 2007.
Tout le monde s’accorde à dire que l’eau est devenue un bien précieux, une valeur patrimoniale mais des divergences fortes existent entre tous les utilisateurs potentiels que sont les particuliers, les pêcheurs, les industriels, les agriculteurs et les collectivités territoriales.
La réflexion sur la qualité et la quantité de l’eau ne doit pas se focaliser sur telle ou telle catégorie d’utilisateurs qui seraient considérés comme les seuls responsables alors que nous sommes tous des consommateurs et des pollueurs.
La question qui se pose est donc de savoir comment on peut mieux gérer les ressources en eau au plan quantitatif et au plan qualitatif.
Au plan quantitatif, il convient en premier lieu d’informer et de bien informer.
Ainsi est-il utile de rappeler que sur les vingt cinq dernières années, la pluviométrie est restée stable dans notre pays et que dans ces conditions, ce n’est pas la surconsommation d’eau qui cause la sécheresse, mais bien la sécheresse qui entraine une surconsommation d’eau. D’autre part, notons qu’à cause du réchauffement climatique, dû à l’accroissement de l’effet de serre, les périodes de pluie sont plus courtes et plus intenses qu’auparavant et les périodes chaudes à contrario plus longues.
Un autre constat doit être fait car même si la quantité de pluie reste identique, elle s’écoule plus rapidement vers les rivières et la mer, ce qui ne permet pas aux nappes phréatiques de se recharger suffisamment.
Pour illustrer le propos et relativiser la situation, on peut citer quelques chiffres concernant le département du Cher.
Certaines études établissent ainsi qu'il tombe chaque année, dans le Cher, de 600 à 650 millimètres d’eau, soit 4,5 milliards de mètres cubes d’eau de pluie, dont 2,5 milliards s’évaporent, sont consommés par l’homme et par la végétation ou pénètrent dans le sol, et 2 milliards s’écoulent dans les rivières. Sur ces 4,5 milliards de mètres cubes d’eau de pluie, seuls 230 millions sont consommés, soit 5%.
En réalité, ce chiffre se décompose en 180 millions de mètres cubes d’eau potable, dont 30 millions retournent dans le sol à cause des fuites importantes des réseaux existants, tandis que 50 millions de mètres cubes font l’objet d’une utilisation industrielle ou servent à l’irrigation ; la comparaison de ces deux derniers chiffres paraît d’ailleurs instructive.
Ces données démontrent en tout cas que les consommations d’eau restent dérisoires par rapport à la pluviométrie, que la consommation industrielle et agricole est stable par rapport à la consommation humaine et aux pertes d’eau dans nos réseaux.
Aussi aujourd’hui plus qu’hier pour éviter les conflits d’usage, il nous faut, de façon uirgente:
- CONSTITUER DES RESERVES DE SUBSTITUTION
- PROCEDER A DES CHARGEMENTS ARTIFICIELS DES NAPPES PHREATIQUES
- DONNER AUX COLLECTIVITES LOCALES LES MOYENS SUFFISANTS POUR REVISER ET RENOUVELER LES RESEAUX D’EAU POTABLE, qui perdent en moyenne plus de 25 % à cause des fuites sur les canalisations.
De tout temps, les hommes – que ce soit les Egyptiens, les Romains ou les moines au Moyen-Age – ont su prendre des mesures pour retenir l’eau dans des réserves en vue de satisfaire les besoins humains et économiques. De nombreux pays ont aujourd’hui compris les enjeux et ont réalisé des réserves de substitution, en Espagne et aux Etats-Unis par exemple. Pourquoi n’en serait-il pas de même en France et dans le Cher ?
Sans réserve d’eau, il n’y a pas de régulation et pas de production énergétique ; il n’y a pas non plus de soutien d’étiage des rivières dans lesquelles le maintien de la vie aquatique nécessite une constance de débit minimum. Cela aurait également l’avantage de permettre une meilleure gestion partagée de la ressource.
Concernant la qualité de l’eau, il apparaît opportun de faire preuve de pragmatisme tout en respectant les engagements européens de la France. Ce principe pollueur-payeur ne peut être un slogan occultant les vrais problèmes. Ce principe ne doit pas aboutir à constituer un droit à polluer, mais devenir un moyen de prévention afin d’éviter la pollution et permettre de façon curative de la réduire quand elle est là.
Aussi, plutôt que de taxer uniformément, conviendrait-il mieux d’étudier un système de bonus-malus qui permettrait de récompenser les efforts de ceux qui appliquent de bonnes pratiques environnementales.
Il faudrait par ailleurs que les redevances et les taxations soient à la fois équitables sur l’ensemble du territoire, pour ne pas créer de distorsion entre les régions, et efficaces, pour que leur produit ne se perde pas dans les procédures et les appareils administratifs : on s’aperçoit que près de 70% des budgets de certaines agences de l’eau sont utilisés en études, en contrôles et en fonctionnement.
Enfin, il conviendrait d’aider les particuliers et les communes ou leurs groupements à mettre aux normes les systèmes d’assainissement individuels.
L'AGRICULTURE
L’agriculture constitue en France un secteur économique important et dynamique, qui contribue à la création de richesses en produisant et en exportant. Un constat qui vaut également pour le département du Cher.
Il nous parait donc indispensable que les réflexions sur l’environnement tiennent compte de la nécessité absolue d’avoir une AGRICULTURE PRODUCTIVE, PERFORMANTE pour faire face aux besoins des hommes, tout spécialement en matière alimentaire, dans un monde où la demande de nourriture, notamment de céréales, est en expansion du fait de la croissance globale de la population mondiale et de l’augmentation du niveau de vie des pays émergents. Il nous faut également prendre en compte le niveau des stocks alimentaires qui sont en diminution et ne sont plus suffisants pour reconstituer les réserves de précaution.
L’agriculture doit donc être protégée de tout jugement négatif a priori. Mais bien évidemment, elle doit rechercher à s’adapter aux contraintes environnementales dans le respect du principe de précaution.
Aussi, il apparaît nécessaire de PRIVILEGIER L’AGRICULTURE RAISONNEE soucieuse de la protection de l’environnement.
Cette filière traditionnelle de protection doit être encouragée par tous moyens et liberté doit être laissée à chaque agriculteur de choisir son mode de production : filière traditionnelle, filière biologique, voire la filière OGM. Il ne saurait être question de ne favoriser que la filière biologique – au rendement à l’hectare très inférieur à d’autres filières – si on ne veut pas aboutir à un déficit de production et donc à une disette alimentaire sur le plan mondial.
Cher Avenir propose que soient mis à l’étude :
- la possibilité d’aider les agriculteurs à sécuriser le stockage des produits phytosanitaires utilisés sur l’exploitation et à mettre aux normes les installations et les matériels,
- les moyens de développer la recherche sur les pesticides et les intrants en vue de diminuer leur utilisation tout en conservant leur efficacité. A ce propos, il nous parait irréaliste et néfaste de vouloir diminuer en pourcentage, de manière homogène sur tout le territoire national en fixant un taux arbitraire, l’utilisation des intrants en France. Les sols ne sont pas de qualité identique et en tout état de cause, cela aboutirait à faire régresser l’agriculture du Cher.
Enfin, il nous semblerait utile pour notre pays que soient facilités les investissements nécessaires à l’augmentation de la production des carburants « verts », produits à base de produits agricoles.
LES OGM
Sur les OGM, sujet sensible et très complexe, il ne faut pas avoir de dogme ni de certitude, mais plutôt une VISION PRAGMATIQUE.
Nous devons ainsi avoir une approche dynamique mais respectueuse du principe constitutionnel de précaution et à cet effet :
- faire une application stricte du principe de transparence et une évaluation approfondie du risque, scientifiquement fondée, pour les consommateurs notamment,
- mieux informer la population, éclairer notre société sur les atouts et les faiblesses de cette technique, sur son évolution et sur les risques s’il peut y en avoir.
Il faudrait parallèlement assurer la sécurité et la transparence à la fois pour les consommateurs mais également pour les producteurs, en prenant des mesures proportionnées pour assurer la coexistence de toutes les cultures avec une traçabilité permettant de conserver les filières.
A ce titre, il conviendrait :
- d’améliorer l’encadrement des pratiques d’utilisation des OGM,
- de faire le retour d’expérience, avec toutes les conditions de neutralité et d’impartialité requises,
- de créer des périmètres de protection optimaux pour éviter les risques de dissémination à l’image de ce qui existe pour les semences porte-graines et les semences maïs.
- de laisser le libre choix aux agriculteurs entre les différentes filiales : filière traditionnelle, filière biologique, filière OGM.
Cette approche devrait être développée tout en préservant nos capacités de recherches et d’innovation. Or nous avons pris un retard considérable dans le domaine des biotechnologies, ce qui peut accentuer notre dépendance vis-à-vis notamment des Etats-Unis. Il convient donc de le combler.
Par ailleurs, nous n’avons pas le droit de bloquer la recherche dans le domaine médical et de la pharmacie, ni dans le domaine de l’agro-industrie.
En conclusion, on peut s'inspirer de l’analyse du Chef de l’Etat Nicolas Sarkozy, qui déclarait déjà lors de la convention sur l'agriculture et le monde rural du 18 octobre 2006 que
« nous devons poursuivre l’effort de recherche : en premier lieu, parce que c’est la condition de notre indépendance scientifique vis-à-vis de pays qui investissent massivement dans les OGM et qui pourraient être tentés plus tard de nous imposer leurs vues ; en second lieu, parce que rien ne permet d’exclure que les OGM permettent un jour, dans des conditions totalement sûres, des avancées spectaculaires en matière environnementale, en matière d’alimentation humaine, et même en matière médicamenteuse. La France ne doit donc pas rester à l’écart.
Il faut tout faire en contrepartie pour que cette recherche soit entourée des meilleures garanties et que les associations de défense de l’environnement ainsi que les agriculteurs soient réellement associés à la surveillance et à l’encadrement de ces travaux. De manière générale, la transparence, l’information, l’association de tous les partenaires sont en la matière, comme en tout ce qui concerne la santé humaine, une nécessité absolue. C’est la condition de la précaution, mais aussi de la confiance, et donc du progrès. »
Développement durable
Deux dates à retenir dans le Cher
Dans le Cher, deux rendez-vous importants vont ponctuer l'automne 2007, s'agissant du développement durable:
Le Conseil général du Cher organise le 25 septembre 2007 les premières Assises départementales de l'eau, pour faire le point sur les différentes problématiques liées à l'eau (assainissement, gestion concertée de la ressource, entretien et gestion des cours d'eau domaniaux, politique de stockage avec les retenues collinaires, etc.).
Par ailleurs, Bourges accueille le vendredi 5 octobre 2007 une des principales réunions publiques prévues au titre du "Grenelle" de l'environnement, dont le Président de la République a annoncé le lancement en juillet dernier.
> Pour en savoir plus, voir le site officiel du "Grenelle" de l'environnement.
Autre défi à relever concernant la gestion de l'eau, celui du respect de l'obligation d'assainissement qui s'impose désormais à tous les particuliers non reliés à un réseau collectif.
Les maires, depuis le 31 décembre 2005, ont en effet la responsabilité de mettre en oeuvre et de contrôler le respect de cette obligation par les particuliers.
Cet objectif, louable dans son principe, n'est pas sans poser cependant de nombreuses difficultés pratiques, non seulement pour l'organisation administrative de ce contrôle, avec la mise en place de SPANC (service publics d'assainissement non collectif) dans un contexte géographique caractérisé dans certains cantons ou certaines communes par un habitat très dispersé, mais également et peut-être surtout pour son financement.
Les préoccupations qui en découlent, dont de nombreux élus et habitants membres de CHER AVENIR se sont fait l'écho, ont en l'occurrence été relayées par Rémy Pointereau dans une question écrite au Sénat, auprès du ministre de l'écologie et du développement durable, Nelly Ollin, en janvier 2006.
> Voir la question écrite de Rémy Pointereau adressée à Mme le ministre de l'écologie et du développement durable sur le financement des systèmes d'assainissement non collectif.

La réflexion se poursuit, au sein des Commissions de travail de Cher Avenir, pour envisager quels moyens d'action pourraient être mis en oeuvre pour favoriser une gestion optimisée de la ressource en eau, face aux besoins de l'ensemble des utilisateurs (population, industries, agriculture).
Certaines études scientifiques (CNRS, CEMAGREF) insistent à ce titre sur la nécessité de tenir compte de l'impact du changement climatique, se traduisant par de fortes précipitations en hiver (avec le risque de multiplication des phénomènes de crues) et des problèmes de pénuries en été. La réalisation de réseaux décentralisés de retenues collinaires apparaîtrait, dans ce contexte, comme une solution au moins partielle pour mieux réguler les flux et optimiser leur utilisation.
Voir aussi sur ce problème complexe la question orale au Gouvernement posée par le Sénateur Rémy POINTEREAU auprès de Mme le Ministre de l'Ecologie Nelly OLLIN.
Dans le cadre de sa réflexion pour l'avenir du Cher, CHER AVENIR intègre les nouvelles opportunités qu'offre le développement durable. Derrière cette notion parfois un peu galvaudée, de véritables gisements d'activité économique se profilent, autour desquels notre département pourrait tirer parti de ses atouts propres: c'est toute la question, notamment, des "énergies vertes" (biocarburants, géothermie, filière bois, éolien). Le débat est lancé et trouve, d'ores et déjà, des prolongements dans la démarche CHER AVENIR OBJECTIF 2010.
Cher Avenir suit de près les positions qui sont adoptés dans le cadre du débat public en matière de protection de l'environnement. A ce titre, nous vous recommandons de consulter l'intervention de Nicolas Sarkozy sur ce thème, qui nous paraît tout à fait convaincante car elle concilie une approche volontariste, tout en évitant l'écueil du dogmatisme qui est trop souvent la marque de certains écologistes.
http://www.dailymotion.com/blogump/video/xd9lh_environnement-quatre-revolutions
(attention : connection ADSL recommandée)

" À l'heure où l'on pronostique un nombre croissant de problèmes d'eau potable d'ordre quantitatif pour les prochaines décennies, il est indispensable de prévoir et de disposer de réserves d'eau suffisantes. Ces dernières pourraient être stockées l'hiver, à un moment où des millions de mètres cubes s'évacuent vers la mer en provoquant parfois des crues dommageables."
REMY POINTEREAU, intervention au Sénat du 2 février 2006

La mise en place de retenues collinaires
permettrait d'optimiser le stockage
de la ressource en eau
Chaque année, le Cher reçoit
4,5 milliards
de mètres cubes d’eau de pluie,
dont 2,5 milliards s’évaporent,
sont consommés par l’homme
et par la végétation ou pénètrent dans le sol,
et 2 milliards s’écoulent dans les rivières.

Sur ces 4,5 milliards

Les biocarburants:
une piste prometteuse
qui nécessite de poursuivre
et d'encourager l'effort
de recherche & développement

Le développement
des différentes formes
d'énergies renouvelables:
une opportunité et
une nécessité
pour l'avenir

Les espaces naturels
du Cher:
un patrimoine
à protéger et
à valoriser