LETTRE N°6
D’ACCORD ! PAS D’ACCORD ? réagissons encore plus vite à l'actualité.
L’EDITO

Vous avez pu remarquer, comme par hasard juste après mon élection au Sénat, une opération téléguidée attaquant le système des aides compensatoires de la PAC et me citant directement, en tant qu’agriculteur et élu, dans des termes diffamatoires.
Je tiens donc à vous réaffirmer ma volonté de travailler dans la sérénité en continuant à me battre pour notre département, nos communes rurales et urbaines, et résoudre les difficultés que connaissent l’ensemble des socio-professionnels quels qu’ils soient.
Je trouve ce procédé et ces attaques personnelles lamentables et inacceptables.
Alors, je saisis l’occasion pour vous donner quelques explications. Rien ne m’y oblige et si je le fais, c’est mon libre choix, car on ne peut pas laisser dire tout et n’importe quoi. Cela me permet également de vous apporter un éclairage sur la nouvelle PAC
Tout d’abord, je revendique le droit d’avoir une vie professionnelle, une vie privée et une vie publique. Rien ne m’empêchera de continuer à me battre pour conserver la liberté d’agir pour l’une et l’autre…Ou alors tout élu devrait démissionner de sa fonction professionnelle ou arrêter son métier et se consacrer uniquement à la vie publique !
Ce n’est pas ma conception des choses dans un pays qui se veut démocratique et libre d’entreprendre, permettant ainsi d’avoir le sens des réalités.
J’exerce la profession d’agriculteur depuis 30 ans, bien avant d’avoir été élu au niveau départemental et national. Pendant tout ce temps, j’ai œuvré pour pérenniser et développer mon exploitation, comme tout chef d’entreprise.
Comme l’ensemble du monde agricole, j’ai subi les différentes politiques agricoles communes successives que nous n’avons ni souhaitées, ni décidées.
Je suis le premier à regretter le système qui nous est imposé et nous n’avons pas à être culpabilisés pour cela : ma volonté est en effet de continuer à défendre une PAC qui permettra de proposer des prix rémunérateurs pour que tous les agriculteurs puissent vivre dignement de leur métier, sans subir les assauts répétés, jusqu’au harcèlement, de ceux qui ne connaissent pas véritablement le problème.
Quand on parle du montant des aides, pour ce qui me concerne, il faut considérer le nombre de personnes actives qui vivent sur l’exploitation : je m’honore, pour ma part, de fournir du travail à 5 personnes, leur permettant ainsi de faire vivre leurs familles. Devrais-je en avoir honte ?
Une des responsabilités d’un agriculteur est de donner envie aux jeunes de s’installer et de transmettre son outil de travail. Je suis fier d’avoir commencé à remplir cette mission.
Voilà la réalité des choses : il est navrant que certains veuillent jeter le discrédit sur une profession en particulier, à des fins politiques.
Les agriculteurs dont je fais partie n’ont pas à rougir de ce qu’ils ont fait et de ce qu’ils font. Une grande partie des choix, hélas, ne leur appartient plus.
J’avais à cœur de ramener le débat aux justes réalités du terrain, en vous communiquant ces quelques éléments.
L'important pour moi est d'être honnête avec son passé et courageux pour l'avenir du Cher.

Rémy POINTEREAU

Voilà quelques précisions sur cette fameuse PAC
qui date de 1992 !...

L’ancienne PAC et la nouvelle PAC…

Un petit rappel historique, pour ceux qui n’ont pas de manuel de la PAC sur leur table de chevet :
Jusqu’en 1992, les prix agricoles étaient soutenus à l’export sur les volumes produits.
Or, depuis cette date, Bruxelles nous a imposé une « nouvelle PAC » fondée sur des aides compensatoires à l’hectare et par type de culture : c’est ce que l’on appelle, dans le jargon, le « découplage » des aides, autrement dit le fait que les aides ne sont plus conditionnées par le volume produit. Ce n’est certainement pas l’approche que le monde agricole aurait préféré adopter, mais il n’a pas eu son mot à dire…

l’effondrement des prix

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler quelques chiffres éclairants :

en 1980

le cours du quintal de blé était de 18,30 € (120 FF) soit environ 1280 € (8 400 FF) / ha, pour un rendement de 70 quintaux / ha,
 
en 2005

le cours du quintal de blé n’est plus que de 9 € (57 FF) soit environ 670 € (4 400 FF) / pour 75 quintaux / ha, soit une perte de 610 € / ha en termes de produit.

Aujourd’hui

Il faut savoir que chaque agriculteur dans le Cher reçoit pour un hectare de blé, un soutien d’environ 300 € / ha (par rapport aux 610 € de perte précités)
Il faut également savoir que le revenu moyen agricole est actuellement dans le Cher d’environ 100 € / ha (650 FF).
Voilà qui donne une idée de ce qui est vécu sur le terrain : chacun pourra faire les comptes !

L’agriculture française, une chance pour notre économie

Face au discours de certains qui ont vite fait de jeter l’opprobre sur le monde agricole (suivant en cela une mode récemment lancée par un certain Tony Blair), rappelons tout de même que l’agriculture française regroupe 1 890 000 actifs et même 3 324 200 en intégrant la filière agroalimentaire (14% de la population active en France). C’est aussi notre agriculture qui permet à la filière agroalimentaire d’être la première source de revenus à l'export de notre pays et qui contribue largement au solde positif de notre balance commerciale. Enfin, c'est aussi grâce à notre agriculture que l'industrie agro-alimentaire française occupe le 2ème rang mondial derrière les Etats-Unis.

Un immense progrès pour le consommateur

Certains critiquent beaucoup la PAC, à tort ou à raison, et les agriculteurs français.
Par contre, on aimerait voir rappelé un peu plus souvent que c’est bel et bien le travail de nos agriculteurs et la baisse des prix à la consommation qui en découle qui ont permis d’augmenter le pouvoir d’achat des ménages et de l’orienter vers d’autres domaines (loisirs, santé, etc) :
ainsi l’alimentation absorbait 35% du pouvoir d’achat des ménages en 1970 contre 15 % seulement aujourd’hui ! Faut-il le déplorer ?

Et demain ?

Le Cher, comme tous les départements à forte composante agricole, sera tributaire de la remise en cause du volet agricole de l’Union européenne pour la période 2007-2013, qui a été évoquée par la Présidence britannique depuis l’échec en France du référendum du 29 mai dernier.
Dans ce contexte, redisons-le encore une fois, les agriculteurs français sont les premiers à réclamer un système qui permette véritablement de rémunérer la production, permettant à toutes les filières de vivre de leur travail et de préserver l’indépendance alimentaire et la qualité des produits dont notre pays peut aujourd’hui comme hier être fier.

Se mobiliser pour l’avenir du Cher

CHER AVENIR entend bien prendre toute sa part dans ce combat pour notre modèle agricole, car c’est aussi un sujet – parmi d’autres - qui touche de près à l’avenir de notre département.

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