RETOUR SUR ... LA SOIREE DU 14 OCTOBRE
Quelques-unes de vos nombreuses interrogations…
Face au désintérêt de la population vis-à-vis des politiques et à l’abstention de plus en plus forte, comment les élus peuvent-ils regagner en crédibilité ? Réponse : il y a un besoin très nettement exprimé pour une plus grande proximité des élus avec leurs électeurs, qui passe par un besoin de participation, d’écoute et une meilleure prise en compte des préoccupations quotidiennes des gens. On attend aussi des responsables politiques qu’ils aient un projet, une capacité à proposer des solutions concrètes, en évitant deux écueils : le renoncement (« le politique ne peut rien faire face à l’économique ») et la démagogie (formuler des promesses irréalistes, qui ne pourront pas être tenues).
L’exemple allemand de « grande coalition » (entre la gauche sociale démocrate et la droite démocrate chrétienne, à l’issue des législatives du 18 septembre 2005) auquel on vient d’assister ne pourrait-il pas inspirer la politique française ? Réponse : l’expérience apparaît en effet très séduisante, mais il faut bien comprendre que la culture politique chez nos amis d’outre-Rhin est très différente de la nôtre. Le risque, surtout, est qu’en cas d’échec simultané des deux grands partis, la seule alternative soit laissée aux extrêmes… Cela dit, cette analyse, pertinente pour les échéances nationales, ne vaut pas pour les élections locales, où la recherche pragmatique d’une solution de compromis est souvent la plus prometteuse.
Quand on est élu par 51% des électeurs, comment faire pour représenter également les 49% qui ne vous ont pas choisi, sans pour autant flouer vos 51% de supporters ? Réponse : il est vrai que ce n'est pas toujours une démarche très aisée, car en démocratie on a très rarement (pour ne pas dire jamais) 100% de gens qui sont d’accord sur un même sujet. L’essentiel pour l’élu est de convaincre qu’il agit dans l’intérêt général, plutôt que pour telle ou telle fraction de la population, mais tout cela en prenant garde de ne pas trahir les engagements pris pendant la campagne.
Il y a souvent, en France, un manque de démocratie interne au sein des partis politiques, qui explique sans doute (entre autres facteurs) la désaffection qu’ils subissent. Quelle analyse peut-on en faire ? Réponse : il est vrai que le mode de désignation des candidats au sein des principaux partis politiques français n’a jamais été totalement satisfaisant, sur le plan de la participation des adhérents, des militants, etc. Cependant, on est peut-être en train d’assister, depuis relativement peu de temps, à un changement assez profond, au sein notamment de l’UMP mais aussi par exemple du PS, pour mieux prendre en compte la voix des adhérents. Mais ce processus prendra nécessairement du temps pour aboutir à un résultat tangible.
Le cumul des mandats est régulièrement critiqué, cela ne date pas d’hier : n’y a-t-il pas un juste milieu à trouver, et qu’en pensent véritablement les électeurs ? Réponse : sur ce point, les études d’opinion démontrent un bien curieux paradoxe. D’un côté, en effet, nombreux sont nos concitoyens qui critiquent les « cumulards » et se prononcent contre tout cumul de mandats. De l’autre cependant, on constate que les électeurs favorisent presque toujours, par leur vote, les candidats qui détiennent simultanément des mandats locaux et nationaux. En fait, c’est la proximité du mandat local qui apparaît, une fois de plus, comme un critère essentiel pour garantir que l’élu conserve un ancrage sur le terrain et qu’il garde « les pieds sur terre », tandis que le mandat national est perçu, à juste titre, comme le gage d’une certaine capacité à influencer les pouvoirs publics au niveau national.
Les grandes idéologies du XXème siècle ont disparu et ce n’est plutôt pas un mal. Mais comment faire pour retrouver et faire partager à nos concitoyens un grand projet, une vision collective pour l’avenir ? Réponse : l’étude présentée montre bien qu’il y a un phénomène d’individualisation des comportements (qui ne se résume pas au simple individualisme), où chacun se reconstruit une identité, des valeurs, et choisit de lui-même d’appartenir à tel ou tel groupe. Les gens en ressentent un plus grand sentiment de liberté, mais aussi d’incertitude sur l’existence. Dans ce nouveau contexte, il revient à nos élus d’être capables de fédérer les énergies et les bonnes volontés autour de valeurs fortes, pour ensuite construire un projet d’intérêt général susceptible de mobiliser le plus grand nombre. Mais attention, car si les gens ont besoin de rêver, il n’est pas question de leur promettre n’importe quoi pour autant : le souhaitable doit tout de même rejoindre le possible. Contrairement à ce qu’on entend parfois, les électeurs sont adultes et savent faire preuve de bon sens pour juger les promesses qui leur sont faites.
Finalement, quelles sont les caractéristiques idéales que l’on est droit d’attendre d’un élu ? Réponse : si la perfection n’est pas de ce monde, on peut tout de même penser que les principales qualités que nos concitoyens attendent aujourd’hui de leurs élus se résument à quelques mots-clés : un comportement clair et loyal, un sens aigu de la disponibilité, de l’écoute et du dialogue, et une capacité à formuler et à mettre en œuvre un projet structuré, de façon pragmatique et réaliste.
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